Dans le parcours : Débuter en permaculture
Éthiques de la permaculture
Les trois valeurs qui orientent toute conception : prendre soin de la Terre, prendre soin des humains, partager équitablement.
Explication
Avant les techniques, la permaculture pose trois éthiques : prendre soin de la Terre, prendre soin des humains et partager équitablement, c'est-à-dire se fixer des limites et redistribuer les surplus. Bill Mollison les énonce en 1988 dans Permaculture: A Designers' Manual. David Holmgren les résume en trois mots, « earth care, people care, fair share », et les présente comme le fondement de la conception permacole. Ce sont des valeurs : elles disent ce que l'on cherche, pas comment y parvenir.
Définition affinée
La troisième éthique a changé de formulation. Chez Mollison (1988), elle s'intitule « fixer des limites à la population et à la consommation » : en gouvernant nos propres besoins, on met des ressources de côté pour servir les deux premières. Holmgren la nomme « partage équitable » et la résume ainsi : se fixer des limites et redistribuer les surplus, en reconnaissant qu'il y a des limites à ce que l'on peut donner comme à ce que l'on peut prendre. « Partager les surplus » n'en garde donc que la seconde moitié ; la première, se fixer des limites, est celle que Mollison avait écrite.
Points clés
Prendre soin de la Terre
Chez Mollison (1988), faire en sorte que tous les systèmes vivants puissent durer et prospérer. Holmgren y lit d'abord le soin du sol vivant, dont l'état est souvent, écrit-il, la meilleure mesure de la santé d'une société (site Permaculture Principles). Au jardin : un sol couvert, des haies, une mare, une place laissée au sauvage.
Prendre soin des humains
Chez Mollison, donner à chacun accès aux ressources nécessaires à son existence. Holmgren commence par soi-même, puis les proches et la communauté : « prendre soin de soi, des siens et de la communauté ». Au jardin : un lieu qui nourrit sans épuiser celui ou celle qui le cultive, des outils et des savoirs qui se partagent.
Partager équitablement
Se fixer des limites, puis redistribuer ce qui dépasse (Holmgren). Au jardin : récolter ce dont on a besoin, donner ou troquer le surplus, rendre au sol ce qui en vient par le compost, échanger ses semences.
La « directive première » de Mollison
Mollison place avant les éthiques une phrase qu'il appelle sa directive première : la seule décision éthique est de prendre la responsabilité de notre propre existence et de celle de nos enfants (Mollison, 1988, cité par Ferguson & Lovell, 2014). Ferguson & Lovell y lisent un modèle du changement social fondé sur la responsabilité personnelle et l'action volontaire.
Des valeurs, pas des preuves
Les éthiques orientent les choix ; elles ne garantissent pas qu'une technique marche. Dans une revue parue dans Agronomy for Sustainable Development, Ferguson & Lovell (2014) notent que la permaculture est restée relativement isolée de la recherche scientifique, et que des affirmations trop simplificatrices limitent son apport. C'est pourquoi Permagora distingue la valeur, ce que l'on cherche, de la preuve, ce qui a été mesuré.
À surveiller
- • La troisième éthique ne se réduit pas à « partager les surplus » : chez Mollison comme chez Holmgren, elle commence par la limite que l'on se fixe à soi-même.
- • Ces éthiques ne sont pas propres à la permaculture : Holmgren souligne qu'on les retrouve dans la plupart des sociétés traditionnelles.
Exemples
- • Un sol jamais laissé nu : prendre soin de la Terre
- • Un chantier participatif où l'on apprend en faisant : prendre soin des humains
- • Des paniers de surplus donnés aux voisins, une grainothèque : partager équitablement
- • Un potager à la mesure du temps dont on dispose : se fixer des limites
Sources
- Mollison, B. (1988). Permaculture: A Designers' Manual. Tyalgum : Tagari Publications.
- Holmgren, D. (2002). Permaculture: Principles and Pathways Beyond Sustainability. Hepburn : Holmgren Design Services.
- Ferguson, R.S. & Lovell, S.T. (2014). Permaculture for agroecology: design, movement, practice, and worldview. A review. Agronomy for Sustainable Development, 34(2), 251-274.