Aller au contenu
Permagora
Retour au lexique

Humus

La part de la matière organique du sol la plus transformée par ses organismes, celle qui assombrit la terre.

Explication

Feuilles, racines, déjections : ce qui meurt au sol est mangé, digéré, transformé par la vie du sol. La part la plus transformée est ce qu'on appelle l'humus. La FAO le décrit comme la partie de la matière organique qui a été utilisée et transformée par de nombreux organismes du sol : il colore la terre en sombre, favorise la formation d'agrégats et leur stabilité, aide le sol à retenir les éléments nutritifs et amortit les variations d'acidité (Bot & Benites, FAO, 2005). La recherche récente révise toutefois l'image d'un humus « stable » par nature.

Définition affinée

Dans la vision classique, l'humification produit des « substances humiques » (acides fulviques, acides humiques, humine), définies par ce qui se dissout ou non lors d'une extraction chimique (Bot & Benites, FAO, 2005). Lehmann & Kleber (2015), dans Nature, estiment que les preuves disponibles ne soutiennent pas la formation, dans les sols, de telles substances de grande taille et persistantes : la matière organique du sol serait plutôt un continuum de composés en décomposition progressive. Ce qui dure le doit surtout à son environnement : la structure moléculaire seule ne contrôle pas la stabilité de la matière organique, où dominent les facteurs environnementaux et biologiques (Schmidt et al., 2011).

Points clés

  • D'où vient l'humus

    Des résidus de plantes, d'animaux et de microbes, décomposés pas à pas par les organismes du sol : vers de terre, arthropodes, champignons et bactéries (voir Sol vivant). La FAO précise qu'il se décompose lui-même lentement, en libérant de l'azote, du phosphore et d'autres éléments nutritifs (Bot & Benites, 2005).

  • « Humus stable » : une expression à nuancer

    L'expression est courante. La FAO explique la lente décomposition de l'humus par ses liens étroits avec les minéraux du sol et par sa complexité chimique (Bot & Benites, 2005) ; les travaux plus récents contestent le second argument (Schmidt et al., 2011 ; Lehmann & Kleber, 2015). Ce qui dure est protégé, pas inerte.

  • Au jardin

    Vue comme un continuum qui se décompose sans cesse, la matière organique du sol ne s'acquiert pas une fois pour toutes : elle s'entretient par des apports réguliers, couverture du sol, racines vivantes, compost, mulch. C'est la pratique que décrivent les définitions Mulch et Sol vivant.

À surveiller

  • • Le mot a un second sens chez les forestiers et les pédologues : la « forme d'humus », c'est-à-dire l'ensemble des couches organiques et organo-minérales de surface d'un sol, classées en grands types comme le mull, le moder et le mor (Jabiol et al., L'humus sous toutes ses formes, 2007).

Exemples

  • • Une terre sombre et grumeleuse sous un paillage ancien
  • • La litière d'un sous-bois qui se transforme, couche après couche
  • • Un compost mûr, déjà bien transformé, qui continue d'évoluer au sol

Sources

  • Bot, A. & Benites, J. (2005). The Importance of Soil Organic Matter: Key to Drought-Resistant Soil and Sustained Food Production. FAO Soils Bulletin 80. Rome : FAO.
  • Lehmann, J. & Kleber, M. (2015). The contentious nature of soil organic matter. Nature, 528, 60-68.
  • Schmidt, M.W.I. et al. (2011). Persistence of soil organic matter as an ecosystem property. Nature, 478, 49-56.