Dans le parcours : Eau et sol vivant
Sol vivant
Réseau d'organismes (bactéries, champignons, vers) qui rend le sol fertile.

Le ver de terre, artisan du sol vivant : il creuse des galeries qui aèrent la terre, y enfouit la matière organique et la transforme en un humus fertile.
Dessin : Iconographia Zoologica (Univ. d'Amsterdam, XIXᵉ s.) · Domaine public · source
Explication
Un sol vivant repose sur l'équilibre entre matière organique, racines vivantes permanentes, champignons mycorhiziens, bactéries et faune. Le travail du sol intensif abîme ces réseaux ; couverture permanente, mulch et diversité végétale les favorisent. Concept popularisé en France par Claude et Lydia Bourguignon (LAMS, Laboratoire d'Analyses Microbiologiques des Sols), aux États-Unis par Elaine Ingham (Soil Food Web).
Définition affinée
Un gramme de sol fertile contient en général de 100 millions à 1 milliard de bactéries (USDA NRCS, Soil Biology Primer), sans compter champignons, protozoaires, nématodes, vers de terre et arthropodes. C'est cette biomasse vivante qui transforme les résidus végétaux en humus et nutriments disponibles. Un sol « mort » (labouré intensivement, sans matière organique fraîche, sous engrais chimiques) abrite encore des microorganismes mais a perdu sa structure et ses interactions clés.
Points clés
Les acteurs principaux
BACTÉRIES : en général de 100 millions à 1 milliard par gramme de sol (USDA NRCS, Soil Biology Primer), décomposent la matière organique simple, libèrent les nutriments minéralisés. CHAMPIGNONS : leur mycélium structure le sol par la glomaline (protéine collante qui agrège les particules), nourrissent les plantes via les mycorhizes, décomposent la lignine (que les bactéries ne savent pas dégrader). VERS DE TERRE : creusent des galeries, brassent et aèrent le sol, produisent des turricules. NÉMATODES, PROTOZOAIRES, ACARIENS : régulent les populations bactériennes et fongiques. Sources : Lydia et Claude Bourguignon, Le sol, la terre et les champs, Sang de la Terre, 2008 ; Soil Biology Primer (USDA NRCS).
Le rapport champignons / bactéries (F/B)
Le rapport entre champignons et bactéries varie selon le milieu : proche de 1 pour 1, ou un peu moins, dans les sols agricoles productifs, de 5 à 10 pour 1 en forêt de feuillus et bien davantage en forêt de conifères (USDA NRCS, Soil Biology Primer). Avec un travail du sol réduit, il tend à augmenter au fil des années. Ces valeurs décrivent des milieux, pas des cibles à atteindre.
Comment régénérer un sol mort
Étape 1 : arrêter le travail profond (labour, motoculteur). Étape 2 : couvrir le sol en permanence (mulch organique d'au moins 5 cm, selon la RHS). Étape 3 : maintenir des racines vivantes toute l'année (engrais verts hivernaux). Étape 4 : apporter de la matière organique variée (compost mûr, BRF, paille). Étape 5 : éviter les apports chimiques solubles. Résultat visible au bout de quelques années : augmentation des vers de terre, structure grumeleuse, infiltration d'eau accélérée.
À surveiller
- • « Sol vivant » est devenu un slogan marketing, certains produits commerciaux (« activateurs de sol », inoculants miracle) ne sont pas validés scientifiquement. Privilégier les apports concrets (compost, mulch) plutôt que les sprays.
- • Le test de la bêche : enfoncer une bêche dans un sol vivant doit être facile, le sol s'effriter en agrégats grumeleux quand on la retourne, et des vers doivent apparaître. Un sol qui sonne creux ou qui se fend net est mort en surface.
- • Le sol forestier mature est un objectif inatteignable au potager (durée géologique), viser plutôt un sol stable, structuré, et fertile, pas le « sol forestier originel ».
Exemples
- • Exsudats racinaires nourrissant la flore microbienne
- • Glomaline (champignons) → agrégats stables
- • Lombrics → galeries et turricules
- • Couverture permanente
- • Rapport champignons / bactéries : un reflet du milieu
Sources
- USDA NRCS & Soil and Water Conservation Society (2000). Soil Biology Primer (éd. révisée). Ankeny : SWCS.
- Bourguignon, C. & Bourguignon, L. (2008). Le sol, la terre et les champs. Paris : Sang de la Terre.
- Blouin, M. et al. (2013). A review of earthworm impact on soil function and ecosystem services. European Journal of Soil Science, 64(2), 161-182.
- RHS (Royal Horticultural Society) : Mulches and mulching (rhs.org.uk/soil-composts-mulches/mulch)