Mycorhize
Symbiose champignon-racine qui améliore l'absorption d'eau et de nutriments, présente chez 85 à 90 % des plantes terrestres.
Explication
Les mycorhizes étendent considérablement la surface racinaire et permettent à la plante d'accéder au phosphore et à l'eau dans des zones inaccessibles aux racines seules. Symbiose présente chez la grande majorité des plantes terrestres, environ 85 à 90 % selon Smith & Read (Mycorrhizal Symbiosis, 2008). Les principales exceptions sont les Brassicacées (chou, navet, radis, moutarde) et les Amaranthacées ex-Chénopodiacées (betterave, blette, épinard).
Définition affinée
Une mycorhize (du grec mukês « champignon » et rhiza « racine ») est l'association symbiotique entre un champignon et les racines d'une plante. Le champignon colonise les racines (parfois à l'intérieur des cellules, endomycorhizes ; parfois entre les cellules, ectomycorhizes) et étend dans le sol un réseau d'hyphes 100 à 1000 fois plus fin et plus long que les racines. Il fournit à la plante eau, phosphore, oligo-éléments ; il reçoit en échange jusqu'à 20 % des sucres issus de la photosynthèse.
Points clés
Deux grands types
ENDOMYCORHIZES (arbusculaires, MA) : majoritaires (80 % des plantes terrestres), invisibles à l'œil nu, fournisseurs principaux de phosphore. Présentes chez tomate, pommier, vigne, blé, légumineuses, aromatiques. ECTOMYCORHIZES (ECM) : forment un manchon visible autour des racines, présentes surtout chez les arbres forestiers (chêne, hêtre, pin, bouleau). Ce sont les ectomycorhizes qui produisent les champignons comestibles que l'on récolte (cèpes, girolles, truffes). Source : Marc-André Selosse, Jamais seul, Actes Sud, 2017.
Comment les préserver et les multiplier
Ne PAS bêcher en profondeur (le travail détruit les hyphes étendus). Préférer le non-labour, la grelinette, le bottinage léger. Couvrir le sol en permanence (mulch). Limiter les engrais phosphatés solubles : à fortes doses, ils rendent la symbiose inutile à la plante, qui « licencie » son champignon. Éviter les fongicides de synthèse, ils détruisent aussi les mycorhizes.
Le « Wood Wide Web »
Un même champignon mycorhizien peut relier les racines de plusieurs plantes. L'idée d'un vaste réseau par lequel un « arbre-mère » nourrirait ses semis ou transmettrait des signaux d'alerte, popularisée par les travaux de Suzanne Simard en Colombie-Britannique et par l'expression « Wood Wide Web » (revue Nature, 1997), est aujourd'hui jugée peu étayée au champ (Karst et al., 2023 ; Henriksson et al., 2023).
À surveiller
- • L'efficacité des inoculants commerciaux de mycorhizes est très inégale : dans une évaluation de 28 produits, la plupart n'ont amélioré en serre ni la colonisation des racines ni la croissance des plantes (Salomon et al., 2022), ce que confirme une méta-analyse (Koziol et al., 2025).
- • Sur Brassicacées et Amaranthacées ex-Chénopodiacées (non mycorhizables), planter des trèfles ou des Apiacées comme intercultures pour maintenir le réseau dans le sol.
- • Les engrais phosphatés réduisent la présence des champignons mycorhiziens : d'environ un tiers en moyenne dans les études de terrain (Treseder, 2004).
Exemples
- • Truffe (Tuber spp.), ectomycorhize du chêne, du noisetier
- • Cèpe (Boletus edulis), ectomycorhize du pin, du hêtre
- • Girolle (Cantharellus cibarius), ectomycorhize de feuillus
- • Endomycorhizes arbusculaires (Glomus, Rhizophagus), invisibles, présentes chez 80 % des plantes
Sources
- Smith, S.E. & Read, D.J. (2008). Mycorrhizal Symbiosis (3e éd.). Londres : Academic Press.
- Selosse, M.-A. (2017). Jamais seul : ces microbes qui construisent les plantes, les animaux et les civilisations. Arles : Actes Sud.
- Simard, S.W. et al. (1997). Net transfer of carbon between ectomycorrhizal tree species in the field. Nature, 388, 579-582.
- Karst, J., Jones, M.D. & Hoeksema, J.D. (2023). Positive citation bias and overinterpreted results lead to misinformation on common mycorrhizal networks in forests. Nature Ecology & Evolution, 7(4), 501-511.
- Henriksson, N. et al. (2023). Re-examining the evidence for the mother tree hypothesis: resource sharing among trees via ectomycorrhizal networks. New Phytologist, 239(1), 19-28.
- Salomon, M.J. et al. (2022). Global evaluation of commercial arbuscular mycorrhizal inoculants under greenhouse and field conditions. Applied Soil Ecology, 169, 104225.
- Koziol, L., McKenna, T.P. & Bever, J.D. (2025). Meta-analysis reveals globally sourced commercial mycorrhizal inoculants fall short. New Phytologist, 246(3), 821-827.
- Treseder, K.K. (2004). A meta-analysis of mycorrhizal responses to nitrogen, phosphorus, and atmospheric CO2 in field studies. New Phytologist, 164(2), 347-355.