Dans le parcours : Adapter son jardin au climat qui change
Résilience climatique
Stratégies pour adapter le jardin à la sécheresse, aux excès d'eau et aux extrêmes.
Explication
Diversifier variétés, étager les cultures, augmenter ombre fonctionnelle, stocker l'eau, enrichir le sol en matière organique et choisir des espèces tolérantes : autant de leviers pour rester productif face au dérèglement. Concept central de l'écologie de l'adaptation (Folke et al. 2010, Ecology and Society 15(4):20) appliqué au jardin par Toby Hemenway, Geoff Lawton et le mouvement Transition Towns initié par Rob Hopkins (2006).
Définition affinée
La résilience désigne la capacité d'un système à absorber un choc et à se réorganiser tout en conservant ses fonctions essentielles. Au jardin permacole, la résilience climatique combine : (1) DIVERSIFICATION variétale et spécifique (si une espèce souffre, une autre prend le relais), (2) RÉSERVES (eau, biomasse, sol) pour amortir les pics, (3) REDONDANCE des fonctions (plusieurs plantes remplissent la même fonction), (4) FLEXIBILITÉ d'usage (récolter à plusieurs périodes, plusieurs formes).
Points clés
Adapter à la sécheresse
Paillage épais permanent (10-15 cm) : un paillis organique qui couvre tout le sol réduit l'évaporation à sa surface de l'ordre de moitié (FAO, bulletin d'irrigation et de drainage n° 56). Variétés rustiques et anciennes (tomate Olivette de Provence, courge Sucrine du Berry). Augmenter l'ombrage fonctionnel par des haies, des pergolas, des grands tournesols. Stocker l'eau (citernes, mares, baissières/swales). Privilégier irrigation goutte-à-goutte ou ollas (poteries enterrées), qui portent l'eau à la racine au lieu de mouiller l'air et le sol nu. Attention au chiffre qui circule : les économies de 60 % et plus concernent le passage d'un arrosage GRAVITAIRE (submersion, rigoles) au goutte-à-goutte. Face à une ASPERSION, le gain réel est bien plus modeste, de l'ordre de 5 à 20 % en maraîchage selon le type d'asperseur, un peu plus en région ventée. Source : Serra-Wittling C. & Molle B. (2017), « Évaluation des économies d'eau à la parcelle réalisables par la modernisation des systèmes d'irrigation », Irstea/INRAE, UMR G-EAU.
Adapter à l'excès d'eau
Buttes surélevées (effet drainant). Plantes d'humidité (consoude, menthe, iris) en bord de mare. Plantes tolérantes (chou, persil, blette). Couvert végétal continu pour éviter érosion. Limitation du compactage (pas de tracteur en sol détrempé). Système de débordement contrôlé (overflow vers zone basse non cultivée).
Adapter aux gels tardifs et extrêmes
Diversifier les périodes de floraison (variétés précoces ET tardives sur même espèce). Voiles de forçage et tunnels mobiles. Plantation en zones thermiques différenciées (versant sud chaud, versant nord frais). Inertie thermique : eau, pierre, biomasse stockent chaleur le jour, libèrent la nuit. Cultures en succession : si une est gelée, une autre repousse vite.
À surveiller
- • Une variété résistante à la sécheresse cette année peut être surclassée par une autre dans 5 ans : la résilience suppose un test continu, pas un dogme.
- • L'eau stockée à l'air libre s'évapore beaucoup en été méditerranéen : préférer une citerne couverte ou une mare profonde en partie ombragée.
Exemples
- • Paillage épais permanent (paille, BRF, foin)
- • Haies coupe-vent et brise-soleil
- • Variétés tolérantes (oka du Pérou, sorgho, mil)
- • Stockage d'eau réparti (citernes + mares + baissières)
- • Diversification (plusieurs variétés par culture plutôt qu'une seule)
Sources
- Folke, C. et al. (2010). Resilience thinking: integrating resilience, adaptability and transformability. Ecology and Society, 15(4), 20.
- Allen, R.G., Pereira, L.S., Raes, D. & Smith, M. (1998). Crop evapotranspiration: guidelines for computing crop water requirements. FAO Irrigation and Drainage Paper 56. Rome : FAO.
- Serra-Wittling, C. & Molle, B. (2017). Évaluation des économies d'eau à la parcelle réalisables par la modernisation des systèmes d'irrigation. Irstea, UMR G-EAU.