Familles botaniques
Le raccourci le plus puissant du jardinier : connaître la famille, c'est déjà connaître une bonne part du comportement.
Explication
Les plantes regroupées dans une même famille botanique (Solanacées, Légumineuses, Cucurbitacées, etc.) partagent souvent leurs amis, leurs ennemis, leurs ravageurs et leurs besoins. Apprendre les grandes familles, c'est avoir bien moins d'associations à mémoriser. Mais certaines familles ont leurs « rebelles », comme le fenouil ou le tournesol, et ce sont précisément ces exceptions qui distinguent l'apprenti du jardinier accompli.
Définition affinée
Une famille botanique regroupe des genres apparentés par leur évolution. Ce que cela signifie en pratique : structure florale similaire, mais aussi (très souvent) mêmes ravageurs, mêmes maladies, mêmes besoins du sol, mêmes molécules de défense. La famille est un raccourci pédagogique, pas une fatalité.
Points clés
Pourquoi les familles partagent leurs comportements
Au cours de l'évolution, les plantes apparentées ont conservé les mêmes molécules de défense (alcaloïdes des Solanacées, glucosinolates des Brassicacées) et les mêmes besoins. Du coup, leurs prédateurs (doryphores, piérides) et leurs maladies (mildiou, hernie) se transmettent entre membres d'une même famille.
Les 9 grandes familles pour commencer
Solanacées (tomate, pdt) · Légumineuses (haricot, pois) · Cucurbitacées (courge) · Apiacées (carotte, persil, fenouil) · Alliacées (ail, oignon) · Brassicacées (chou) · Astéracées (laitue, tournesol) · Lamiacées (basilic, romarin) · Rosacées (fraisier, pommier). Le jeu « Familles & rebelles » en couvre davantage, dont les Amaranthacées (betterave, blette, épinard) et les Poacées (maïs).
Les 3 grands solitaires
Le fenouil (Apiacée), réputé gêner ses voisines (effet surtout montré en laboratoire) ; à cultiver à l'écart par précaution. Le tournesol (Astéracée), aux composés allélopathiques étudiés surtout contre les adventices : ses extraits ont freiné le blé en pots (Anjum et Bajwa, 2010) ; par prudence, n'enfouis pas ses résidus juste avant un semis. Le noyer (Juglandacée) libère de la juglone qui freine certaines plantes sensibles, surtout sous un noyer noir d'Amérique (Juglans nigra) ; le noyer commun (J. regia) gêne rarement ses voisines.
Application : la rotation par familles
La rotation alterne d'abord les familles botaniques, puis les types de légumes (GAB/FRAB Bretagne), pour couper les cycles des parasites propres à une famille. Une rotation classique parmi d'autres enchaîne Légumineuses → Solanacées → Cucurbitacées → Légumes-racines.
À surveiller
- • « Famille » est un raccourci utile, mais toujours vérifier la plante précise, surtout pour les Apiacées (le fenouil n'a rien à voir avec la carotte) et les Astéracées (tournesol ≠ achillée).
- • La hernie du chou (Brassicacées) peut contaminer le sol jusqu'à 20 ans (RHS) : laisser 4 à 5 ans entre deux cultures de Brassicacées (Réussir Fruits & Légumes, 2022), en comptant aussi le radis, le navet et la moutarde, qui sont eux-mêmes hôtes.
Exemples
- • Solanacées : ne pas les faire se succéder sur une planche (mildiou partagé)
- • Légumineuses + Alliacées : éloignement traditionnel, effet sur la nodulation non démontré au champ
- • Trois Sœurs = Cucurbitacée + Légumineuse + Poacée, règle complémentaire
Sources
- The Angiosperm Phylogeny Group (2016). An update of the Angiosperm Phylogeny Group classification for the orders and families of flowering plants: APG IV. Botanical Journal of the Linnean Society, 181(1), 1-20.
- Anjum, T. & Bajwa, R. (2010). Sunflower phytochemicals adversely affect wheat yield. Natural Product Research, 24(9), 825-837.
- Réseau GAB/FRAB Bretagne : La rotation en maraîchage, fiche technique Fruits et légumes n° 16 (agrobio-bretagne.org)
- RHS (Royal Horticultural Society) : Club root (rhs.org.uk/disease/club-root)
- Réussir Fruits & Légumes (28/04/2022) : « Plasmodiophora brassicae, champignon responsable de la hernie du chou, peut survivre dans le sol plusieurs années »