Cultiver toute l'année sous abri
Voile, châssis, tunnel ou serre : choisir son abri, le placer, l'aérer et l'arroser, pour semer plus tôt, récolter plus tard et cueillir des légumes-feuilles en plein hiver.

Introduction
Un abri transparent laisse entrer le soleil, garde sa chaleur et coupe le vent comme les averses. Du simple voile posé sur une planche à la serre de verre, il ne fabrique pas l'été en janvier : il avance le printemps, prolonge l'automne et garde, au cœur de l'hiver, des feuilles à cueillir. Ce guide parle des abris froids, sans chauffage, ceux qu'un jardin entretient sans dépenser d'énergie.
Contexte du sujet
Les abris n'ont pas attendu le plastique. Les maraîchers installés aux portes des villes cultivaient déjà sur « couches chaudes », sous cloches ou sous châssis, et récoltaient ainsi des melons dès le mois d'avril (BnF). En permaculture, l'abri est un élément du jardin à placer comme les autres (voir zones et secteurs).
À qui s'adresse ce guide
Jardiniers qui veulent manger leurs légumes plus longtemps dans l'année, du balcon avec un châssis au grand jardin avec un tunnel ou une serre.
Pourquoi c'est important
Gagner des semaines aux deux bouts de la saison ; mettre les cultures frileuses de l'été (tomates, aubergines, poivrons, concombres) à l'abri des pluies et des nuits fraîches ; garder de quoi cueillir quand le potager, dehors, est vide.
À comprendre avant de commencer
- Un emplacement au soleil toute la journée, y compris en hiver, quand les ombres s'allongent.
- De l'eau à portée de main, puisque les averses n'arrosent plus ce qui pousse dessous.
- Quelques minutes presque chaque jour pour ouvrir et refermer selon le temps.
- Pour une serre de plus de 1,80 m de haut, une démarche en mairie (voir la FAQ).
Étapes détaillées
- Étape 1
1. Choisir son abri, du voile à la serre
Le VOILE d'hivernage se pose sur les cultures ou sur des arceaux : ses grammages épais protègent d'environ 2 °C du gel, le plus léger (17 g/m²) protège moins mais laisse passer davantage de lumière, et deux voiles superposés font mieux qu'un seul (RHS). Le CHÂSSIS est une caisse basse fermée par un couvercle vitré en pente : on y endurcit les jeunes plants au printemps et on y donne un surcroît de chaleur aux cultures frileuses l'été (RHS). Le TUNNEL, une bâche tendue sur des arceaux, est un moyen très économique d'abriter tomates et concombres l'été, mais rarement rentable à chauffer pour le garder hors gel l'hiver (RHS). La SERRE, enfin : le verre laisse passer environ 90 % de la lumière, ne se dégrade pas au soleil et renvoie vers l'intérieur la chaleur qui rayonne dans la serre ; le polycarbonate alvéolé n'en laisse passer qu'environ 83 %, mais il est léger, résiste aux chocs et garde bien la chaleur (RHS).
- Étape 2
2. Le placer au soleil d'hiver
Donne à l'abri le soleil de toute la journée, et protège-le des vents froids du nord et de l'est, qui gardent la température basse au printemps et freinent les semis (RHS). En hiver, les ombres s'allongent : à midi, dans le Midwest américain, celle d'un arbre ou d'un bâtiment mesure déjà plus de deux fois sa hauteur (université Purdue), et elle s'allonge encore à mesure qu'on monte vers le nord ; éloigne l'abri de ce qui pourrait l'ombrager. Une serre allongée d'est en ouest gagne un peu de lumière en hiver ; du nord au sud, elle convient aux cultures d'été comme la tomate, éclairées des deux côtés (RHS). Adossée à un mur exposé au sud, elle profite d'un mur qui absorbe la chaleur le jour et la rend la nuit (RHS). Garde-la enfin près de la maison et d'un point d'eau : un abri qu'on croise chaque jour est un abri bien suivi (voir les zones de permaculture).
- Étape 3
3. Ouvrir, fermer, ombrer
Fermé au soleil, un abri chauffe vite, même en hiver. Du printemps à l'automne, la serre risque la surchauffe : la RHS conseille de la garder sous 25 à 27 °C en ouvrant porte et aérations, et d'ombrer au plus juste, avec un filet ou une peinture d'ombrage passée au printemps sur l'extérieur des vitres, qu'on allège dès septembre et qu'on retire quand l'aération suffit. Les ouvre-fenêtres automatiques à cire aident, avec un temps de retard, celui que met la cire à se dilater (RHS). L'hiver, ouvre les matins de soleil en évitant de souffler l'air froid directement sur les plantes (mieux vaut des ouvertures hautes), et referme avant que le soleil ne baisse ou que les nuages reviennent, pour garder la chaleur de la journée (université Purdue).
- Étape 4
4. Arroser sans pluie
Rien ne tombe du ciel sous un abri : en saison, vérifie l'arrosage chaque jour, car des apports irréguliers provoquent par exemple le cul noir des tomates (RHS). Arrose le matin, pour que le feuillage sèche dans la journée ; à l'automne, des aspersions trop fréquentes entretiennent le mildiou de la laitue (GRAB). Sous une rangée de cloches ou un petit tunnel, un tuyau goutte-à-goutte posé au sol rend service l'été (RHS). Et une cuve qui recueille l'eau du toit garde l'arrosage à portée de main (voir le guide Gestion de l'eau au jardin).
- Étape 5
5. Le calendrier de l'abri
FIN D'HIVER : pose cloches ou tunnel au moins une semaine avant de semer ; le sol dessous peut gagner jusqu'à 10 °C, et les semis directs lèvent 10 à 14 jours plus tôt (RHS). Une serre froide reste souvent trop fraîche jusqu'en avril pour faire germer les semis frileux : démarre-les au chaud, à la maison sur un propagateur chauffant, ou sur une couche chaude (RHS). ÉTÉ : la serre accueille tomates, aubergines, poivrons, piments et concombres (RHS). FIN D'ÉTÉ ET AUTOMNE : sème ce qui passera l'hiver dessous, mâche, roquette, mizuna et autres jeunes pousses à couper, et plante des laitues d'hiver et des épinards ; blettes, chicorées et persil, semés dès le début de l'été, prolongent sous l'abri leur récolte d'automne jusque dans l'hiver (RHS ; GRAB).
- Étape 6
6. Une chaleur venue du sol : la couche chaude
Bien avant les câbles chauffants, on réchauffait les semis par en dessous. Dans une fosse ou un cadre, sous un châssis, on étale de 30 à 60 cm de fumier frais et pailleux, de cheval de préférence, puis 15 à 30 cm de terre par-dessus (université d'État du Nouveau-Mexique ; Nebraska Extension). C'est sa décomposition qui chauffe : le fumier doit être frais, pas composté, et sa chaleur faiblit au fil des semaines, si bien qu'on aère quand le châssis chauffe trop (université d'État du Nouveau-Mexique) et qu'on le renouvelle au printemps et à l'automne (Nebraska Extension).
- Étape 7
7. Passer l'hiver : la lumière d'abord
Au cœur de l'hiver, c'est la lumière qui manque, plus que la chaleur. Quand le jour dure moins d'une dizaine d'heures, la croissance ralentit fortement, même sous un abri assez chaud : le pionnier américain de la culture d'hiver Eliot Coleman appelle ce creux la « période de Perséphone » (université Purdue). Le secret : planter assez tôt à l'automne pour que les légumes aient presque leur taille de récolte avant ce creux. L'abri les garde alors vivants, comme un garde-manger, et on cueille au fur et à mesure ; les jeunes pousses coupées plusieurs fois (roquette, épinard, chou kale) continuent, elles, de pousser lentement les jours de soleil, au-dessus d'environ 4 °C (université Purdue). Les nuits de gel, un voile posé sur les cultures sous l'abri ajoute une protection ; retire-le le matin dès que l'air dégèle, car laissé toute la journée il prive les plantes d'environ un tiers de leur lumière (université Purdue). Enfin, ne touche pas aux feuilles gelées : laissées tranquilles, elles dégèlent et se récoltent sans dommage, alors que manipulées, elles s'abîment (université Purdue).
- Étape 8
8. Garder le sol vivant
Sans pluie, les sels apportés par les engrais, mais aussi par le compost et le fumier, ne sont plus lessivés : ils s'accumulent, parfois jusqu'à former une croûte blanche en surface, et les plantes peinent à puiser l'eau du sol (université Purdue ; Penn State). Choisis un compost peu salé, évite d'épandre du fumier directement dans le sol d'un tunnel ou d'une serre (université Purdue), et n'apporte que ce que les cultures demandent : les salades d'hiver ont peu de besoins, et l'excès y est plus fréquent que le manque (GRAB). Le meilleur remède est de rendre le sol à la pluie : retirer la bâche d'un tunnel pendant un hiver lessive une bonne part des sels (université Purdue ; Penn State). Contre les maladies du sol, alterne les familles de légumes d'une année à l'autre (voir rotation) ; si elles s'installent malgré tout, la RHS conseille de renouveler la terre des planches tous les trois à cinq ans, ou de cultiver en grands pots. Entre deux cultures, un engrais vert couvre le sol : laisse trois semaines entre son enfouissement et la plantation suivante (GRAB).
- Étape 9
9. Prévenir maladies et ravageurs
L'air confiné et humide fait le lit des maladies : la RHS cite sous abri la fonte des semis, la pourriture grise et l'oïdium, et les nuits d'hiver, quand tout est fermé, l'humidité reste longtemps très haute autour des plantes (université Purdue). Aère dès que le temps le permet ; à l'automne, aérer davantage la nuit ralentit un peu la croissance mais limite le mildiou de la laitue et endurcit les salades contre le gel ; contre cette maladie, le GRAB mise surtout sur les variétés résistantes. L'air chaud et sec, lui, fait pulluler l'araignée rouge : bassiner le feuillage et mouiller les allées par temps chaud la freinent sans suffire, et l'acarien prédateur Phytoseiulus persimilis est la lutte biologique la plus employée contre elle (RHS). Contre les aleurodes, le minuscule parasitoïde Encarsia formosa s'introduit avant que l'infestation ne soit forte ; les pièges jaunes servent surtout à surveiller, car ils capturent aussi des auxiliaires (RHS). Avant le printemps, fais le ménage : débris, vieux tuteurs et liens abritent les femelles d'araignée rouge qui hivernent (RHS). Et laisse entrer les pollinisateurs les jours doux : en serre fermée, la tomate a besoin d'aide (voir buzz pollinisation).
- Étape 10
10. Sous climat méditerranéen
Les repères de ce guide viennent surtout de la RHS, au Royaume-Uni, et d'universités du nord des États-Unis : ils décrivent un climat océanique ou continental. Sous climat méditerranéen, deux choses changent. L'hiver y est plus lumineux, car la lumière d'hiver dépend aussi de la latitude (université Purdue) : la période de jours trop courts y est plus brève, et le GRAB d'Avignon consacre une fiche aux salades, épinards, blettes et mâches cultivés l'automne et l'hiver sous abri. L'été, en revanche, la chaleur devient le premier danger : en Provence, le GRAB conseille de blanchir les abris, une première fois en mai puis en juin, ce qui abaisse la température d'environ 5 °C, réduit les besoins en eau et limite les coups de soleil sur les fruits et la nécrose apicale. Un abri vide au cœur de l'été peut aussi servir à la solarisation : un film transparent posé sur un sol bien arrosé, de mi-juin à mi-juillet et pendant au moins 45 jours, réduit les nématodes, la plupart des adventices et certains champignons du sol ; en France, elle ne marche que là où juin compte au moins 250 heures de soleil, et sa chaleur ne trie pas : elle touche aussi les organismes utiles du sol (GIS PIClég). Enfin, les jours de mistral, on réduit l'aération et on n'ouvre pas les portes en grand, pour ne pas dessécher les jeunes plants (GRAB).
Exemples concrets
- Un tunnel planté en fin d'été de laitues, d'épinards et de mâche, cueillis feuille à feuille jusqu'au retour des beaux jours.
- Un châssis posé en fin d'hiver sur une couche de fumier chaud, pour lever les semis frileux sans électricité.
- Une serre adossée au mur sud de la maison : tomates et poivrons l'été, salades d'hiver ensuite.
Erreurs fréquentes à éviter
- Laisser l'abri clos un matin de beau temps et partir pour la journée : au soleil, la température y grimpe très vite et grille les plantes, même au printemps.
- Arroser le soir et mouiller les feuilles en hiver : la nuit humide ouvre la porte à la pourriture grise et au mildiou de la laitue.
- Garder le voile sur les cultures du matin au soir : il entretient l'humidité et retient une lumière qui manque déjà.
- Semer les salades d'hiver trop tard : faute de lumière, elles n'atteignent jamais leur taille de récolte.
- Remettre des tomates au même endroit année après année : les maladies du sol s'installent.
- Charger le sol en fumier ou en compost : sans pluie pour les emporter, les sels s'accumulent.
Conseils & bonnes pratiques
- Un thermomètre à minima et maxima, à l'ombre et à hauteur des plantes, raconte ce que vit l'abri quand tu n'es pas là.
- Commence petit : un châssis ou quelques arceaux couverts de voile apprennent les gestes avant d'investir dans une serre.
- Les nuits de grand froid, ajoute un second voile plutôt que d'en laisser un épais en permanence.
- Note tes dates de semis et de récolte sous l'abri : au fil des ans, ton calendrier s'affine.
Questions fréquentes
- Faut-il une autorisation pour installer une serre ?
- En France, une serre ou un châssis d'au plus 1,80 m de haut est dispensé de toute formalité. Entre 1,80 m et 4 m de haut, et jusqu'à 2 000 m² au sol, il faut une déclaration préalable en mairie ; au-delà, un permis de construire (Code de l'urbanisme, articles R421-1, R421-2 et R421-9). Près d'un monument historique, dans un site classé ou un site patrimonial remarquable, les règles sont plus strictes : renseigne-toi en mairie. Hors de France, ce sont les règles locales qui s'appliquent.
- Peut-on récolter des tomates en hiver dans une serre froide ?
- Non. Sans chauffage, l'hiver d'une serre reste trop frais et surtout trop sombre pour les cultures d'été : elle sert alors aux légumes-feuilles et aux racines rustiques, et les tomates y reviennent au printemps. La chauffer coûte cher, au point que beaucoup de jardiniers cherchent à limiter l'énergie qu'ils y dépensent, et même maintenue hors gel, vers 4 °C, elle permet surtout de garder l'hiver des plantes plus frileuses (RHS).
- Pourquoi mes salades ne grossissent-elles plus en décembre ?
- Parce que les jours sont trop courts : abri ou pas, la croissance ralentit au point de sembler arrêtée. Elle reprend à la fin de l'hiver, quand la lumière revient (université Purdue). D'ici là, cueille les feuilles à mesure, sans attendre qu'elles grossissent.
À retenir
- Un abri froid ne crée pas l'été : il étire la saison, plus tôt au printemps, plus tard à l'automne, et garde des feuilles fraîches tout l'hiver.
- L'emplacement compte autant que l'abri : lumière d'hiver, pas de vent froid, la maison à deux pas.
- Aérer chaque jour de soleil, même en janvier ; arroser plutôt le matin.
- En hiver, la lumière commande : planter tôt, puis cueillir sans attendre.
- De temps en temps, rendre la pluie au sol, et ne pas cultiver la même famille au même endroit.
Sources
- RHS (Royal Horticultural Society) : « Greenhouses: choosing » (rhs.org.uk/garden-features/choosing-greenhouses)
- RHS : « Greenhouse: ventilation and shading » (rhs.org.uk/garden-features/ventilation-and-shading-greenhouses)
- RHS : « Vegetables: growing in your greenhouse » (rhs.org.uk/vegetables/growing-in-greenhouse)
- RHS : « Vegetables: growing for winter » (rhs.org.uk/vegetables/growing-for-winter)
- RHS : « Fleece and crop covers » (rhs.org.uk/prevention-protection/fleece-and-crop-covers)
- RHS : « Cloches: how to use them » (rhs.org.uk/prevention-protection/cloches)
- RHS : « Coldframes and mini-greenhouses » (rhs.org.uk/garden-features/coldframes-and-mini-greenhouses)
- RHS : « How to heat a greenhouse efficiently » (rhs.org.uk/advice/profile?pid=376)
- RHS : « Glasshouse red spider mite » (rhs.org.uk/biodiversity/glasshouse-red-spider-mite)
- RHS : « Glasshouse whitefly » (rhs.org.uk/biodiversity/glasshouse-whitefly)
- RHS : « Climbers and wall shrubs for sun » (rhs.org.uk/plants/types/climbers/for-sun)
- Maynard, E. T. & O'Donnell, M. (2019). Managing the Environment in High Tunnels for Cool Season Vegetable Production. Purdue Extension, HO-297-W.
- Guan, W. (2016). « Salt Accumulation for Vegetable Production in High Tunnels ». Vegetable Crops Hotline, Purdue University.
- Sánchez, E. « Dealing with High Soluble Salt Levels in High Tunnels ». Penn State Extension (mis à jour le 16 décembre 2025).
- Smith, C. (2008). Starting Plants Early Outdoors. New Mexico State University, Cooperative Extension Service, Guide H-220.
- Browning, S. (2022). « Pushing the Limits - Extend Your Growing Season with a Hotbed or Cold Frame ». Nebraska Extension in Lancaster County.
- GRAB : « Cultures d'automne sous abris : salade, épinard, blette, persil, mâche… », fiche technique, Réf Bio, septembre-octobre 2009 (grab.fr).
- Mazollier, C. (GRAB) (2020). « Dossier spécial : blanchiment des abris ». Réf Bio PACA maraîchage, mars-avril 2020 (grab.fr).
- GIS PIClég (avec le Ctifl) : « Fiche n°3, solarisation en culture maraîchère sous abri », série Protection contre les nématodes à galles.
- BnF : « Le maraîchage : une pratique aux portes des villes », bibliographie sélective, avril 2023.
- Code de l'urbanisme, articles R*421-1, R*421-2 (e) et R421-9 (g), versions en vigueur depuis le 16 novembre 2024 et le 19 février 2025 (Légifrance).